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17 juin 2008
Lui, demain
Ca m'a fait bizarre.
Ce soir, il avait une voix inhabituelle.
J'ai pensé que quelque chose n'allait pas.
Je n'en étais pas loin.
Il a cette aventure qui sommeille en lui.
Depuis tout petit.
Cette aventure, qui peu à peu s'effaçait.
Sans doute pour son bien.
Mais sans aucun doute, pour le leur.
A eux.
Quatre.
Mais c'est en lui.
Alors.
Je l'imagine déjà.
Demain.
S'envolant.
Lui, parmi ces seuls 700 envoyés.
Quittant nos terres.
Sa terre, à laquelle il est tant attaché.
Tendu.
Et nous.
Tendus.
Demain.
L'avion décollant.
Se demander s'il a fait le bon choix.
Penser.
Ressasser.
Craquer.
Non. Pas craquer, à ce moment-là.
Il a déjà craqué.
Il craquera encore. Plus tard.
Ils seront plusieurs, oui.
Mais il se sentira seul.
Le temps aidera à se sentir moins seul.
A se serrer les coudes.
Entre eux.
C'est une histoire.
Et j'ai envie.
Que belle, elle reste.
Que belle, elle se termine.
Je l'admire.
Mais j'ai peur.
Pas pour lui.
Je connais.
Je le connais.
J'ai peur pour d'autres.
Eux.
Trois.
Alors oui, ils vont être briefés.
Oui, ils vont être suivis.
Oui, ils vont être ensemble.
Oui, ils vont raconter ce qu'ils voient.
Ce qu'ils vivent.
Ce qu'ils ressentent.
Je sais que tout va bien se passer
Mais je n'ai pas envie qu'il y en ait un qui foute tout en l'air.
Un connard.
Juste une seconde.
Si vite arrivée.
J'ai envie qu'il puisse se dire que plus tard, il y reviendra.
J'ai envie qu'il contribue pour que plus tard, moi aussi, j'y traîne ma caméra et mon stylo.
Je le soutiens.
Je les soutiens.
Mais je vais le sentir.
Demain, quand il arrivera.
Demain, quand il verra défiler, avant de se poser,
Cette terre, qui l'accueillera ces quatre prochains mois.
De se dire,
En voyant la montagne ocre, nue et aride s'épaissir,
Les broussailles se multiplier,
Les brumes de chaleur s'installer,
Les vents de poussière s'intensifier,
Qu'il va passer quatre mois là-bas, dans ce monde qui lui est inconnu.
Cette langue qui lui est inconnue.
Ces habitudes qui lui sont inconnues.
Le corps tendu,
D'être si loin des siens.
De se dire,
Quand il sortira de l'appareil, moteurs encore ronronnants,
En posant le premier pied à terre,
Qu'il va falloir être fort.
Que c'est maintenant que tout commence.
Demain.
Car j'ai seulement appris ce soir.
Qu'il partait.
Demain.
Il le savait depuis cinq jours.
Mais il ne m'en a pas averti.
J'aurai pu venir ce dernier week-end.
Mais il ne m'en a pas averti.
Quatre longs mois.
Je suis avec toi.
Mon frère, en Afghanistan.
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Commentaires
Écrit par : TheCélinette | 18 juin 2008
Répondre à ce commentaireC'est déjà l'impression du premier pied posé que j'aimerai connaître.
Écrit par : Maxime | 18 juin 2008
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire